Bonjour Pixitroqueuses et Pixitroqueurs ! Après une longue attente, voici la suite de notre Dossier consacré aux jeux-vidéos adaptés au cinéma, avec aujourd’hui un film atypique à plus d’un titre :

FINAL FANTASY : THE SPIRITS WITHIN (Les Créatures de l’Esprit en version française), sorti en 2001, est la première création cinématographique de Square Pictures (ce sera également pas loin d’être la dernière : ce film n’ayant pas eu le succès escompté, Square Enix, reprenant Square Pictures lors de la fusion du groupe, n’insistera pas vraiment dans des aventures si risquées), branche issue du studio Squaresoft, créateur (entre autres) de la série vidéo-ludique Final Fantasy. Le réalisateur du film, Hironobu Sakaguchi, est d’ailleurs également le créateur-même de cette série, ce qui est remarquable dans l’histoire des adaptations de jeux au cinéma. Mais ce film n’est pas exactement une adaptation, il est plutôt une variation filmique sur différents thèmes de l’univers de Final Fantasy. On pourrait même être tenté de dire que, finalement, ce film ne cherche pas du tout à s’intégrer dans un quelconque esprit de fidélité au jeu (à part peut-être via quelques clins d’œil en passant, du prénom Cid au nombre de membres de l’équipe de combats – 4, comme dans la plupart des jeux Final Fantasy – en passant par la présence d’une « scène d’amour après une grande désillusion », classique de la série), mais plutôt qu’il s’agit d’un développement parallèle de l’esthétique propre à un auteur. On retrouve ainsi la thématique de Gaia et du cycle des esprits notamment, dans un univers mêlant science-fiction, romance, tragédie planétaire, esprit d’équipe et fantasy. Ce dernier point, paradoxalement, est celui qui est le moins présent dans ce film, et on peut penser que c’est ce bouleversement en particulier qui aura déçu les fans du jeu-vidéo, le film n’ayant ainsi que peu de rapport avec une quelconque idée de jeu de rôle.
Les Créatures de l’Esprit présente aussi la spécificité (par rapport aux jeux de la saga) de se passer sur la planète Terre, développant un univers futuriste réaliste en y incorporant une intrigue mêlant extra-terrestres et fantômes. Le réalisme est d’ailleurs le maître mot de ce film, ne serait-ce que par son aspect visuel. En effet, jamais auparavant on n’aura vu un film d’animation visant à ce point le photo-réalisme, avec des images de synthèse 3D faisant presque croire à une utilisation de la motion capture (procédé utilisé dans les derniers films de Robert Zemeckis et surtout dans Avatar de James Cameron, plaquant des images virtuelles sur des visages de véritables acteurs) alors que tout a été créé par ordinateur (à l’exception notable de certains décors de fond, peints à la main, dans un style proche des plus beaux jeux de la série). Cette prouesse, si elle permet de créer un univers cohérent et crédible, a pourtant parfois tendance à détourner le regard de l’intrigue, l’œil se perdant à observer le modelé des peaux ou à compter les cheveux d’Aki (pour info : ils sont 60 000 ; chiffre astronomique – un cinquième du temps de réalisation a d’ailleurs été consacré à leur modélisation – mais deux fois inférieur au nombre de cheveux sur une vraie tête).
Pour autant, l’histoire ne manque pas d’intérêt, proposant notamment plusieurs niveaux de compréhension, du simple film d’action (reprenant malheureusement de nombreux poncifs hollywoodiens du genre) au drame psychanalytique (grâce notamment à l’emploi des rêves, messages secrets des esprits), en passant par la tragédie opératique, appuyée notamment par la musique. Celle-ci se révéle pourtant moins marquante que celles des jeux (composées par Nobuo Uematsu, « le John Williams des jeux-vidéos »), et le final est d’ailleurs lesté d’une chanson sirupeuse interprétée par… Lara Fabian !
Reste que ce film en apesanteur ne manque pas de charme, et se regarde comme une très longue et belle cinématique de jeu.
Note : 6/10
Bande-Annonce (VO) :
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